Les meilleurs extraits de “8888 pandas : Les clés de succès d’un entrepreneur des NFT”


Pionnier du marché des NFT en France, Gabriel Mamou-Mani est le fondateur de Panda Dynasty. Le JDN publie en exclusivité les bonnes feuilles de son ouvrage “8888 pandas : Les clés de succès d’un entrepreneur des NFT” (Eyrolles), publié le 1er septembre dernier.

Comment vendre près de 9000 pandas à des inconnus, ou le récit d’un projet fou dans le domaine des NFT

Samedi 4 septembre 2021 – 15 h 00

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“8888 pandas : Les clés de succès d’un entrepreneur des NFT” (Editions Eyrolles) © Eyrolles

“Trois semaines que je ne me suis pas lavé, rasé, ni même habillé… enfin le minimum syndical. Le regard rivé sur mon écran, mon casque vissé aux oreilles, je n’ai plus aucune idée de l’heure qu’il est, ni de quand date mon dernier repas. Il n’y a plus de musique depuis des plombes et je ne m’en suis même pas rendu compte. J’ai la dégaine d’un ado geek en train de muer.

Sauf que j’ai 37 ans et que je ne suis pas en train de m’abîmer les yeux sur Age of Empires, Fortnite ou Candy Crush. Dans quelques heures, à minuit pile, je vais faire le clic ultime, et lancer mon premier drop de NFT : 8 888 images numériques de pandas, que j’ai générées par un algorithme à partir de 200 “traits” – des caractéristiques – et d’une myriade de règles d’exclusion sophistiquées. 8 888 créatures uniques, parfaites, prémices d’un univers foisonnant. Elles ont de chapeaux, des costumes, des accessoires, des arrière-plans… Je vais les vendre dans la cryptomonnaie Ethereum sur la blockchain. Normalement, on devrait se les arracher. Elles sont censées changer ma vie. Enfin, je l’espère… À ce moment précis, je ne suis plus très sûr de rien.

Le grand manitou de ce projet titanesque, c’est moi. Chef d’orchestre d’une petite équipe composée d’un développeur basé à Londres, d’une illustratrice à Malaga, d’un webdesigner à Hong Kong, d’une community manager à San Diego et d’une poignée de modérateurs disséminés un peu partout dans l’immensité du cloud. Ils sont extraordinaires, talentueux, engagés, une vraie équipe de choc, répartie aux quatre coins de la planète. Nous ne nous sommes jamais rencontrés physiquement. Le décalage horaire ? Ce n’est pas un problème. Les vrais geeks n’ont pas d’horaire.

Ma partition à moi, c’est le webmarketing. C’est ça mon expertise : faire monter la sauce derrière un ordi. En révéler, mais pas trop. Le voilé-dévoilé, la quintessence même du désir. Pour vendre un pull, je vous fais d’abord sentir la laine. Puis admirer la couleur. Puis admirer la finesse de la maille… Tout ça dosé dans le temps. Un subtil équilibre que je maîtrise à la perfection. C’est tout l’enjeu : pour vendre, il faut surtout attiser l’envie – rien de nouveau sous le soleil ! Mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

Sur la plateforme Discord, j’ai rassemblé 8 000 personnes. Qui sont-elles ? La communauté Panda Dynasty. Des Américains, des Australiens, des Français qui parlent anglais. Enfin de ce que j’en sais, parce que tout ce petit monde se cache derrière des avatars et des pseudos. (Ces gens sont extrêmement pointilleux quand il s’agit de protéger leurs données personnelles…)

8 000 personnes pour 9 000 pandas… C’est un peu juste me direz-vous si l’on considère le taux de conversion habituel de 1% entre les inscrits et les ventes sur un site e-commerce traditionnel. Tout ça pour vendre 80 pandas… Mais mes partenaires n’ont pas l’air paniqué. Apparemment, il en va autrement dans le monde des NFT. On a affaire à des passionnés, des engagés prêts à lâcher quelques cryptomonnaies pour s’offrir une ligne de code dans le grand tout du réseau. Alors si c’est comme ça que ça marche… J’ai stoppé net la partie acquisition il y a cinq jours, arrêté de recruter de nouveaux membres, pour me concentrer sur la communauté et son engagement. Mieux vaut une minorité convaincue qu’une masse indifférente, n’est-ce pas ? Parmi les 8 000 noms imprononçables (turbobigcat, Sarkastic Warrior, Galactic chad, picsoung, fanjo pour n’en citer que quelques-uns), on distingue 2 500 actifs, ceux qui répondent à mes posts. Ils commentent, ils likent, ils me questionnent, s’opposent. C’est eux, mon cœur de cible. Je les chéris. Ils sont la prunelle de mes yeux.” […]

Vendre des pandas dans un monde de poissons, de requins et de baleines 

Un monde de baleines

“Le monde des cryptomonnaies, des NFT et de la blockchain est un océan. Comme dans tout océan, on y trouve des poissons (fishes), ce sont les petits porteurs sans trop d’expérience. Ils débutent, font des erreurs et n’investissent pas énormément d’argent. Ces erreurs permettent à des requins (sharks), eux, plus gros, d’être bien plus rentables, et parfois d’en vivre. Tout ce petit monde échange sur les forums, se donne des tuyaux, des indices, pour gérer son portefeuille au mieux.

Mais on trouve aussi, dans cet océan, des mammifères encore plus gros, qui portent avec eux la sagesse de l’expérience : les baleines (whales). Ils ont souvent été présents dès l’origine des cryptomonnaies, ce qui leur a permis d’acquérir un grand nombre d’actifs, qui ont pris beaucoup de valeur au cours du temps. Le nombre est parfois si élevé, et leur savoir si reconnu, que cela leur permet d’influencer le cours des projets.

Parmi les whales les plus connues, on retrouve des artistes, comme Beeple, Pak ou Fewocious, mais aussi de simples investisseurs comme Pranksy. On raconte qu’il n’aurait investi que 600 dollars à l’origine, pour être au sommet d’un tas d’or de près de 10 millions de dollars aujourd’hui. Dans le même genre, on peut noter 0xb1, anonyme, qui peut aussi cacher un groupe d’investisseurs. Parmi les autres whales connues, citons aussi Roham Gharegozlou, le fondateur des CryptoKitties, en 2017, l’une des premières grandes collections de NFT après les CryptoPunks.

Il n’existe pas de critères précis pour devenir une baleine, comme un nombre de crypto-actifs à posséder, ou une fortune minimale, mais quoi qu’il en soit, chacune de leurs sorties sur Twitter est scrutée, analysée. Et elles peuvent faire la pluie et le beau temps sur un projet. “

De Panda Dynasty à la Panda Fam : comment construire une communauté

“On ne peut pas évoquer l’élaboration du funnel sans parler de la construction de la communauté dans la mesure où les deux sont étroitement corrélés et orchestrés de manière quasi simultanée.

Une fois les zèbres sur Discord, comme je vous le disais, tout n’est pas joué : je dois les abreuver d’incentives afin de les fidéliser et de les inciter à faire le grand saut en temps voulu : acheter mes NFT le jour du drop. Pour cela, je dois animer la page Discord au moyen de posts, de jeux-concours, sondages, gifs… du contenu et encore du contenu, sans relâche, nuit et jour. Tout est bon pour alimenter la flamme. C’est ce qu’on appelle le community management.

Mais faire du community management un instrument de fidélisation et de persuasion serait en restreindre la portée.

Plus que le simple volet d’une stratégie marketing froide, la construction de la communauté Panda Dynasty constitue véritablement le coeur de notre projet.

Je ne vais pas vous refaire le pitch sur Dragon Ball Z, les Pokémons, etc. Vous avez compris que, au-delà de l’image non fongible, nos NFT pandas sont les signes d’appartenance à une communauté. En fait, le véritable produit que nous vendons, c’est précisément cette communauté. Sans communauté, chaque NFT n’est qu’une vignette digitale ; une image unique, jolie, sympa certes, mais pas de quoi soulever les foules. Ainsi, la construction de la communauté n’est pas un bonus, le petit plus d’une stratégie marketing multicanal, elle ne vient pas a posteriori pour fidéliser une clientèle préexistante, elle est la condition de la réussite de mon projet, son essence, sa raison d’être et sa finalité.

Soit. Mais alors comment procède-t-on exactement pour créer une communauté ? Parce que vous vous doutez bien qu’il ne suffit pas de balancer du contenu comme ça au hasard ! S’il y a bien une chose que j’ai retenue de mes cours de philosophie, c’est de toujours commencer par définir les termes.

Qu’est-ce qu’une communauté ? Larousse propose la définition suivante : ” Ensemble de personnes unies par des liens d’intérêts, des habitudes communes, des opinions ou des caractères communs. “

Notez que la notion de “liens d’intérêts” occupe la première place dans cette définition. Nous y reviendrons… La définition est un peu large, elle ne me satisfait pas complètement. Wikipédia m’apprend qu’en biologie, une communauté ” représente un système au sein duquel des organismes vivants partagent un environnement commun et interagissent “.

Deux concepts clés ici : environnement et interaction. L’environnement, c’est l’univers Panda Dynasty, structuré autour de trois dimensions : une histoire, des rendez-vous, des valeurs.” […]

La culture crypto adore les histoires (et la transparence)

“Je vous ai déjà exposé les bases de l’histoire ou plutôt de la mythologie Panda Dynasty. Une dystopie sur fond de catastrophe écologique, la rapacité des humains, les dangers de la science sans conscience, l’éternelle histoire de la créature qui échappe à son créateur. Prométhée, Frankenstein, les tortues Ninja… il y a un peu de tout cela dans mon histoire.

Finalement, la force des vieux mythes, c’est qu’ils se déclinent à l’infini et qu’ils parlent à tout le monde. Avec l’aide d’un scénariste recruté sur la plateforme Upwork, j’ai peaufiné mon pitch, développé des ramifications, étoffé les personnages. Avec la dessinatrice, nous avons transposé tous ces éléments sur le plan visuel… Sur la suggestion d’Alex Echo, nous avons même imaginé un lieu phare, le bar fictif Le Bambou, où les pandas se réunissent.

 Dans mon histoire, ce bar est une véritable institution, un lieu d’échange chaleureux et il se confond bientôt avec le chat de Discord : nous travaillons en live sur Discord et nous recueillons ainsi les réactions du public à chaud. Moi, Ganondorf, je suis à nu, je leur livre mes doutes, mes espoirs, mes faiblesses et mes ambitions. On me répond, on s’enthousiasme, on m’encourage. Quand on se plante, les critiques fusent, les FUD (Fear, Uncertainty and Doubt) pleuvent, et c’est tant mieux : en fait, nos égarements font partie intégrante de notre storytelling. Nos tâtonnements deviennent le matériau même de notre communication car ce que les gens aiment avant tout, c’est participer.

Mais ce qui soude la communauté Panda Dynasty, le moment où ses membres vibrent vraiment à l’unisson, ce sont les rendez- vous que j’instaure : des jeux-concours qui rythment les journées et les semaines. Plus que de simples tirages au sort comme sur Twitter, nous mettons en place des défis sophistiqués faisant appel à la créativité des joueurs : concours de dessins (” Quels accessoires souhaiteriez-vous voir apparaître dans la collection ? “), concours de voix off (“Enregistrez-vous en train de lire le script”).

L’enjeu est de briser la distance, de cocréer. Contre une communication institutionnelle, descendante, nous voulons établir une véritable relation à double sens, favoriser le dialogue entre des personnes réelles, incarnées. En nous prêtant leur voix ou leur patte artistique, les gens donnent de leur personne, ils deviennent acteurs et ambassadeurs du projet. Ils deviennent le projet.

Et ça marche du tonnerre ! Les membres réagissent à mes posts, commentent et discutent entre eux, s’échangeant des blagues et des taquets. Une véritable ambiance, un esprit Panda Dynasty commence à voir le jour. Qui sont-ils ? D’après leur idiomatismes, leurs référentiels culturels et leur humour, je suppose que j’ai affaire à une majorité d’Anglo- Saxons, Américains, Australiens ou Canadiens, plutôt des hommes, la trentaine comme moi, génération Y assurément ! Une bande de potes en somme…

La culture crypto est définitivement un syncrétisme intéressant entre l’univers du gaming, celui de la finance et celui de l’utopie libertaire : sous des dehors un brin régressif, des individus extrêmement cultivés, pétillants d’intelligence, mais qui ne se prennent jamais au sérieux. C’est rafraîchissant ! Parmi eux, je me sens comme un poisson dans l’eau. Je retrouve le Gabriel chef d’équipe aux scouts de Sarcelles : le chef de la patrouille des loups, le chauffeur de salle, le joyeux drille qui organise de grands jeux et lance des chansons depuis l’arrière du car qui nous emmène au camp. Panda Dynasty, c’est mon équipe, ma patrouille, ma famille au sein de la communauté plus large des early adopters* : les initiés de la crypto.

Oui, j’ai bien dit famille. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, nous ne nous rencontrerons probablement jamais, mais nous partageons cet ADN, ce référentiel commun que sont les valeurs de fun, gain, créativité. Petit à petit, la Panda Dynasty est devenue la Panda Fam : notez que le terme Panda Fam ne vient pas de nous, il est une émanation spontanée des internautes, que je m’empresse de consacrer. Dans la même veine, il est révélateur que le terme “bro” (ou “sis”) se décline sur toutes les conversations de notre chat…” 

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